«La MINUSTAH doit quitter Haïti !», soutient le «Liyannaj kont pwofitasyon» (LKP), dont une délégation a participé à une Commission internationale d'enquête (CIE) sur la situation en Haïti, à Port au Prince, du 16 au 20 septembre 2009.
Ce positionnement purement politique, fait donc suite à quatre jours d'enquête menée sur le terrain par des délégués venus d'Algérie, du Brésil, de Guadeloupe, de Martinique et des Etats-Unis.
Ils ont recueilli des témoignages de citoyens, de membres d'associations et d'organisations syndicales, populaires et politiques du pays et ont, par ailleurs, eu accès à des revues, journaux et rapports traitant de la situation locale.
Suite à ces investigations, la Commission a organisé une journée de soutien au peuple haïtien, pour réclamer le retrait immédiat des troupes d'occupation ; c'était le 15 octobre dernier, jour du renouvellement du mandat de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti).
Une synthèse des travaux a également été produite.
Celle-ci a été présentée par le LKP, ce mercredi 4 novembre, au palais de la mutualité de Pointe-à-Pitre.
Selon ses conclusions, les problèmes d'Haïti étant de nature économique, une présence militaire ne peut être un moyen d'y remédier.
De plus, une telle intervention ne se justifie, au titre de la charte de l'ONU, qu'en cas de guerre civile, de catastrophe naturelle, de crime contre l'humanité, ou encore de génocide.
Le point de vue du professeur Camille Chalmers, fondateur de la Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA) a été retenu : «Le développement de l'implantation de nouvelles bases (...) représente la matérialisation d'une stratégie offensive contre la démocratie et les peuples de la zone. Poursuivre la production de misère en Haïti est l'une des principale caractéristique de la politique onusienne en faveur de cette stratégie».
Le point de vue de Raymond Gama, membre de la CIE
Raymond Gama, membre du LKP, fait partie des quatre guadeloupéens membres de la Commission internationale d'enquête.
Il assume pleinement la prise de position «fondamentalement politique» de la CIE.
Selon cet historien, le fait de défendre Haïti est équivalent à se défendre soi-même en tant que guadeloupéen : «Cette lutte est la même que celle du LKP contre le système profitasyon dénoncé dans le département. Jeter un oeil sur les problématiques de ce pays de la Caraïbe, dont nous faisons partie, nous permet d'ouvrir les yeux sur notre propre situation. Le but ensuite est de déployer toutes les forces existantes, pour parvenir à l'entière émancipation des peuples haïtiens et guadeloupéens».
Raymond Gama, qui entend porter la voix de la population, considère que le gouvernement haïtien a signé un accord avec l'ONU, autorisant la présence de la MINUSTAH, en contradiction avec la constitution du pays... «Mais aujourd'hui, c'est au peuple haïtien de décider ce qu'il doit faire».
Le point de vue de René Préval, président d'Haïti
Au regard du chef de l'Etat haïtien, ceux qui exigent le retrait des troupes de la MINUSTAH sont des «irresponsables» : «Tant que la police nationale n'est pas renforcée pour assurer la sécurité, les troupes étrangères ne peuvent quitter le pays. Et en tant que le chef de la nation, j'ordonne que la mission des Nations Unies reste, jusqu'à ce que la police haïtienne soit en mesure de sécuriser toute la population».
Le point de vue de l'ONU
Le 15 octobre 2009, les 15 membres du Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies ont tous voté en faveur du renouvellement, pour un an, du mandat de la MINUSTAH.
Ils ont estimé que «Malgré les progrès accomplis, la situation du pays menace encore la paix et la sécurité internationales dans la région».